151 ans après : Des objets de la bataille de Samba Sadio exposés à Saint-Louis

Du 12 janvier au 28 février 2026, le musée du Centre de Recherche et de Documentation du Sénégal (CRDS) de Saint-Louis accueillera une exposition historique unique : huit objets culturels pillés lors de la bataille de Samba Sadio en 1875 par des soldats français seront présentés au public, 151 ans après leur confiscation.
 

Des objets chargés d’histoire

Une bride de cheval, un mors, une planchette coranique, un porte-monnaie et un collier d’amulette de guerre : ces objets modestes mais chargés de symboles ont traversé un siècle et demi. Ils furent saisis à des combattants sénégalais par les troupes françaises lors de la bataille de Samba Sadio, affrontement emblématique de la résistance locale face à la colonisation.
 

Cette bataille de 1875 opposait une coalition des troupes de Lat Dior, alors Damel du Cayor, d’Alboury Ndiaye, Bourba du Djoloff, ainsi que l’armée française, aux forces armées d’Ahmadou Cheikhou Ba, chef religieux tidiane qui menait un djihad sur la région.
 

Le neveu de Faidherbe au cœur de l’histoire

Ces biens ont été donnés au musée de Dunkerque par Émile Faidherbe, neveu du général Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal de 1854 à 1865 et fondateur en 1863 du premier musée d’Afrique tropicale à Saint-Louis.
 

Conservés depuis dans les collections du musée de Dunkerque dans le nord de la France, ils font aujourd’hui l’objet d’une exposition temporaire itinérante qui les ramène sur leur terre d’origine, 150 ans après leur confiscation.


Un projet porté par la société civile

Cette initiative innovante est portée par l’association française Alter Natives, présidée par Emmanuelle Cadet, dans le cadre d’une convention quadripartite réunissant les musées de Dunkerque, Thiès et Saint-Louis.
 

Le projet, lancé en 2021, se distingue par plusieurs aspects novateurs : c’est la première fois qu’une circulation de biens mal acquis pendant la colonisation est portée par la société civile, accompagnée par un comité de pilotage scientifique conséquent. C’est également la première fois qu’une recherche de provenance de collection est co-écrite et co-réalisée par 21 jeunes du Nord et du Sud à partir du lieu de « collecte », et la première fois qu’une telle collection française est accueillie dans des musées de province du Sénégal.
 

De Thiès à Saint-Louis, puis retour à Dunkerque

Après son passage au musée régional de Thiès du 23 octobre au 31 décembre 2025, l’exposition sera présentée à Saint-Louis au musée du CRDS du 12 janvier au 28 février 2026, avant de retourner à Dunkerque au printemps 2026, où elle sera également exposée.
 

Le projet bénéficie du soutien de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture du Sénégal, de l’ambassade de France au Sénégal, ainsi que de communautés directement héritières de cette histoire.
 

Vers une restitution définitive ?

Si le Sénégal souhaite obtenir la restitution définitive de ces objets, une demande officielle devra être formulée auprès des autorités françaises, ce qui n’a pas encore été fait selon plusieurs sources.
 

Le retour temporaire de ces biens historiques s’inscrit toutefois dans un processus de reconnaissance patrimoniale amorcé entre la France et le Sénégal depuis plusieurs années. Le 24 décembre 2020, l’Assemblée nationale française a adopté une loi autorisant la restitution de biens culturels à la République du Sénégal et à celle du Bénin.
 

Cette exposition ouvre ainsi la voie à un débat plus large sur la restitution du patrimoine historique africain et marque une étape importante dans la reconnaissance d’un passé colonial encore douloureux.

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