
Clou de la semaine des adjudications d’automne, le Portrait d’Elisabeth Lederer de Gustav Klimt est devenu chez Sotheby’s, le 18 novembre, la deuxième œuvre d’art la plus chère jamais vendue aux enchères publiques.
ne fois n’est pas coutume, un portrait féminin de Gustav Klimt a fait vibrer les salles d’enchères. Seulement, cette fois-ci, c’est un record qui a été enregistré à New York, aussi bien pour l’artiste autrichien que pour Sotheby’s. Si depuis deux ans, les maisons de ventes doivent composer avec le ralentissement global du marché de l’art, l’éblouissant résultat du Portrait d’Elisabeth Lederer a de quoi redonner des couleurs à la semaine d’adjudications la plus cruciale de l’année. Mardi 18 novembre, dans son nouveau siège du Breuer Building, la maison attendait beaucoup des 24 œuvres de la collection de Leonard Lauder (1933-2025), fils de la magnate des cosmétiques Estée Lauder (1908-2004), milliardaire, mécène des plus grands musées états-uniens, et collectionneur épris de Klimt, qu’il avait découvert à l’âge de 14 ans en Autriche. Sans surprise, trois peintures du maître de la Sécession Viennoise ont dominé la soirée. Il aura ainsi fallu une bataille d’une vingtaine de minutes entre six enchérisseurs pour que Le Portrait d’Elisabeth Lederer, estimé 150 millions de dollars, parte à 205 millions de dollars (236,4 millions de dollars avec frais, soit 204 millions d’euros), l’identité de l’acheteur n’étant pas encore connue. La somme est faramineuse pour un Klimt, car les deux œuvres les plus chères de l’artiste étaient jusqu’ici Forêt de bouleaux (1903) que Christie’s avait vendu en 2022 pour 91 millions de dollars (104 millions avec frais) lors des ventes de la collection de Paul Allen, et Dame à l’éventail (1917), et le dernier portrait connu de Klimt, cédé par Sotheby’s en 2023 à Londres pour 74 millions de livres (85 millions avec frais, soit 99,2 millions d’euros). Fille de Serena et August Lederer, principaux mécènes de Klimt, Elisabeth Lederer, alors âgée de 20 ans, a posé debout, les mains jointes, vêtue d’une robe ivoire. Drapée dans un châle fleuri en mousseline, elle émerge d’un fond bleu clair, fixe le regardeur droit dans les yeux et esquisse un léger sourire. Autour d’elle, le peintre a placé des petits personnages inspirés de l’iconographie est-asiatique. Confisquée par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, la toile était entrée dans la collection Lauder il y a une quarantaine d’années. Klimt a aussi peint Serena et Charlotte Pulitzer, mère de Serena.
Une soirée historique pour Sotheby’s
Au-delà d’enregistrer un record pour l’artiste, la vente du Portrait d’Elisabeth Lederer constitue aussi un record pour Sotheby’s, qui n’avait jamais vendu une œuvre à un tel prix en 281 ans d’histoire. Le Portrait d’Elisabeth Lederer se hisse ainsi à la deuxième place du podium des œuvres les plus chères proposées en vente publique. Quelque 200 millions la séparent toutefois du record en titre, Salvator Mundi (vers 1500) attribué à Léonard de Vinci, vendu 400 millions (450,3 millions avec frais) de dollars chez Christie’s en novembre 2017. La peinture détrône du podium Les femmes d’Alger (1955) de Pablo Picasso, tableau adjugé 179 millions de dollars chez Christie’s en 2015, et Shot Sage Blue Marilyn (1964) d’Andy Warhol, vendu 195 millions de dollars en 2022, là encore chez Christie’s. Riche en raretés, la collection Lauder a totalisé, en une soirée, 527,5 millions de dollars, dépassant confortablement l’estimation haute de 482,5 millions prévue par Sotheby’s. 25 000 visiteurs s’étaient pressés pour la découvrir au Breuer Building. Outre le portrait, deux paysages de Klimt ont brillé pendant la soirée : Blumenwiese (1908), champ parcouru d’arbres fruitiers, a atteint 86 millions de dollars, et Waldhag bei Unterach am Attersee (1916), a été vendu pour 68,3 millions, un montant toutefois inférieur à son estimation de 70 millions. Lors de cette soirée, 83 % des lots proposés ont dépassé leur estimation haute. La vente d’art contemporain et ultra-contemporain, qui s’est tenue le même soir, a quant à elle totalisé 178,5 millions de dollars. Si le lot phare, Crowns (Peso Neto) toile monumentale de Jean-Michel Basquiat de 1981, a atteint 41,3 millions (prix marteau), avoisinant ainsi son estimation haute de 45 millions de dollars, America (2016) toilettes en or 18 carats de l’Italien Maurizio Cattelan, n’a pas étincelé comme prévu. Un seul acheteur, représentant une célèbre marque états-unienne, s’est manifesté pour acheter l’œuvre, cédée à 10 millions de dollars (12,1 millions avec frais).
( source https://www.lequotidiendelart.com/)