
Dans les tribunes de la CAN 2025 au Maroc, un corps a fait silence là où tout appelle le bruit, le mouvement et l’excès.
Ce corps, c’est celui de Michel Kuka Mboladinga, surnommé le « Petit-fils de Patrice Lumumba ».
Debout, immobile pendant 90 minutes, le bras levé, la paume ouverte vers le ciel, Michel Kuka ne « supporte » pas au sens habituel du terme. Il performe. Sa présence n’est pas seulement celle d’un fan de football, mais celle d’un corps-signifiant, d’une figure plastique au cœur d’un espace populaire : le stade.
Ce geste, inspiré de la statue de Patrice Lumumba, transforme la tribune en scène, et le match en toile de fond. Là où le football célèbre l’instant, la vitesse et l’émotion collective, Michel Kuka introduit la durée, la retenue, la mémoire. Il oppose à l’agitation un temps suspendu, presque sculptural.
C’est précisément ici que le lien avec l’art contemporain se noue. Son attitude relève pleinement de l’art de la performance :
– un corps engagé,
– un espace non institutionnel,
– un public non préparé,
– et un message politique et mémoriel porté sans parole.
Depuis les années 1960, l’art contemporain a quitté musées et galeries pour investir la rue, les friches, les places publiques. Le stade devient aujourd’hui un nouveau territoire artistique : un lieu de masse, de visibilité maximale, où le geste individuel peut acquérir une portée symbolique immense.
En costume de sapeur, silhouette soignée et posture hiératique, Michel Kuka agit comme une statue vivante au milieu du flux. Il rappelle que le sport n’est pas seulement un spectacle, mais aussi un espace de narration collective, où peuvent surgir l’histoire, la mémoire, la politique et l’art.
Ce que certains ont pris pour une excentricité est en réalité une intrusion subtile de l’art contemporain dans le football. Une performance silencieuse, populaire, africaine, qui interroge notre rapport au corps, à l’hommage et à la représentation.
Dans un stade, Michel Kuka Mboladinga nous rappelle une chose essentielle :
le football peut aussi être un lieu d’art.
Azzedine Abdelouhabi