Être jeune, connecté·e et libre en Mauritanie : opportunités, défis et réalités

À l’heure où le numérique redéfinit l’accès au savoir et aux opportunités, la jeunesse mauritanienne vit une transformation profonde. Jamais les jeunes n’ont disposé d’autant d’outils pour apprendre, créer et s’exprimer. Pourtant, derrière cette promesse d’ouverture, les inégalités persistent. Une génération connectée mais pas tous au même niveau : si les réseaux sociaux, les smartphones et les plateformes d’apprentissage se sont imposés dans le quotidien des jeunes, l’accès au numérique reste profondément inégal. Dans de nombreuses zones rurales, certains jeunes n’ont ni connexion stable ni couverture Internet. C’est le cas de Mohamed, 19 ans, habitant du village de Shleikha, situé à 50 km de Sélibaby, dans la région de Guidimakha. Sans réseau, il ne peut ni suivre de cours en ligne, ni consulter les annonces officielles. « Je découvre les concours par bouche à oreille. Parfois, l’information arrive trop tard… et je rate les inscriptions », confie-t-il. Comme lui, des milliers de jeunes sont privés de chances à cause de la fracture numérique, ce qui fait que l’accès à l’information reste un droit encore fragile. Malgré la volonté de l’État mauritanien de digitaliser progressivement les services publics, de nombreux jeunes restent à l’écart de ces avancées. Pour ceux qui, comme Mohamed, n’ont pas d’accès à Internet, ce droit demeure presque théorique. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le taux de pénétration d’Internet en Mauritanie atteignait 37,4 % en 2023, ce qui signifie qu’environ 62 % de la population restait hors ligne cette année-là. Les rapports plus récents de DataReportal – Global Digital Insights confirment cette tendance : Digital 2024 – Mauritania estime l’usage d’Internet à 44,4 % début 2024, tandis que Digital 2025 – Mauritania place de nouveau ce taux à 37,4 % début 2025, montrant des fluctuations mais une connectivité globale encore limitée. Une analyse publiée par la SecDev Foundation en 2025 souligne également que « la majorité de la population demeure hors ligne ». Tandis que la Mauritanie est l’un des pays les plus jeunes au monde : l’âge médian n’est que de 17,4 ans selon Worldometers, et plus de la moitié de la population a moins de 25 ans. Ceci dit qu’une grande partie de cette jeunesse, représentant environ 65 % de la population, évolue encore sans accès régulier à Internet, révélant une fracture numérique majeure dans un pays pourtant riche en potentiel démographique. Si Internet permet à de nombreux jeunes d’exprimer leurs opinions, de partager des idées ou de dénoncer des injustices, cette liberté ne concerne pas tout le monde. Dans les zones où l’accès au réseau est absent, la liberté d’expression numérique devient un concept lointain, presque abstrait. Pour Mohamed, comme pour tant d’autres jeunes en milieu rural, la création de contenus ou la participation à des débats en ligne n’est tout simplement pas possible. « Je fais partie d’une génération connectée… mais pas moi », confie-t-il avec un sourire triste. Et même pour ceux qui ont accès au réseau, l’expression en ligne reste un espace prometteur mais encore instable. Les réseaux sociaux sont devenus un lieu d’expression privilégié pour la jeunesse, mais le cyberharcèlement et la méconnaissance des limites légales freinent encore la prise de parole. Face au risque d’incompréhension, de stigmatisation, de censure ou d’attaques, beaucoup préfèrent garder le silence. Pendant que l’information circule plus vite que jamais, beaucoup de jeunes peinent à distinguer le vrai du faux, un des défis auxquels se confrontent les jeunes. Malgré ces défis, une dynamique positive est en marche. Des initiatives de formation, d’éducation aux médias, de sensibilisation aux droits numériques et de promotion de la liberté d’expression, la sensibilisation à la désinformation, émergent au sein de la société civile mauritanienne. De plus en plus, la jeunesse mauritanienne innove, s’adapte et invente sa propre manière d’être connectée et engagée : création de podcasts, reportages citoyens, projets artistiques, prises de parole sur les enjeux sociaux et environnementaux. Le numérique devient un terrain fertile pour l’innovation et l’engagement. La créativité et la détermination de cette génération témoignent d’un potentiel immense. Mais pour que la jeunesse mauritanienne puisse réellement profiter du potentiel du numérique afin de construire une citoyenneté numérique inclusive, étant un droit et non un privilège, plusieurs défis restent à relever, notamment : garantir un accès équitable à Internet en améliorant son accessibilité dans les zones rurales, rendre l’information publique plus accessible, plus transparente et mieux diffusée, protéger la liberté d’expression en ligne et renforcer l’éducation numérique. Telles sont les conditions pour que chaque jeune, où qu’il vive, puisse apprendre, s’exprimer et saisir les opportunités du monde digital. La transformation numérique du pays ne peut réussir que si personne n’est laissée en arrière, car être jeune, connecté·e et libre en Mauritanie ne doit pas dépendre de la qualité du réseau, mais d’un droit fondamental pour tous qui peut se transformer en levier de participation citoyenne et de changement social.

Djiefoulbe Ba

NB: Cet article est rédigé dans le cadre de la campagne numérique Ma voix en ligne, soutenue par la Youth Democracy Cohorte.